Le temps de peindre

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dernières modifications 15/02/2005

JE ME SENS NUL DÈS QUE JE  PEINS

              Moi-aussi, il m’arrive de me sentir nul. Bien souvent. Il me semble que c’est plutôt une preuve de santé mentale !  Beaucoup de mes élèves m’ont confié qu’ils  éprouvaient eux-aussi de tels sentiments. D’ailleurs, c’est vrai, sur un certain plan, nous sommes tous des nuls. Aucun de nous ne sait peindre et on s’aperçoit bien vite que si on croit le contraire, c’est qu’on est prétentieux. Le courage d’être peintre n’est pas d’être bon en peinture, mais de nous y mettre même si on ne sait pas  comment faire. Plus précisément encore, il s’agit de partir de ce sentiment d’être nul et de peindre avec.

               Qu’est-ce qu’on risque ? De gâcher des couleurs et du papier ? Rien ne se joue dans un tableau, sinon ce qu’on aime à se raconter. Quelle histoire est-ce que je me raconte à moi-même, pour avoir ce sentiment d’être nul dès que je tente de faire un tableau ? Le tableau ne représente pas le peintre, il ne trahit rien de lui, il exprime tout juste quelque chose de sa connaissance de cette discipline appelée peinture.

              En vérité, lorsque nous peignons, nous ressentons de nombreux sentiments différents. Tour à tour,  nous avons l’impression d’être nuls, géniaux, vides de tout sentiment, nous sommes passionnés, révoltés, nous vivons la certitude désagréable de perdre notre temps. Et tous ces sentiments s’habillent de l’illusion qu’ils sont réels ! Je tente de ne pas me laisser duper par ces illusions.  Du point de vue de la peinture,  tous ces sentiments sont des obstacles. Il s’agit juste de peindre, quoi qu’on sente, quoi qu’il se manifeste en nous. Alors on se laisse entraîner par l’inspiration, on y va, et nos  sentiments positifs ou négatifs  ont moins de puissance en nous.

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